Un après-midi sur Chatroulette
- 3 mars, 2010 -
- Web Crunch -
- Tags : blabla, chatroulette, expérience, Le Bar, test
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Chatroulette, c’est un peu la sensation du moment dans le néant 2.0. Via une simple application Shockwave intégrée, vous êtes mis en relation avec un autre internaute pour une plus ou moins complète session d’échange et de partage constructive (sic).
Quoi qu’il en soit, on parle beaucoup de cette roulette russe de l’exhibo-voyeurisme numérique. On en dit du bien, un peu de mal, et beaucoup de n’importe quoi. Comme si Chatroulette, finalement, ce n’était que des quinqua la bite à l’air, des chats martyrisés, des poufs qui montrent leurs tétons et des pancartes mal agencées (et il va sans dire que cette description contextuelle est à remettre dans le bon ordre).
Pour juger, il faut tester, pas vrai ? Donc j’ai testé et pour dire vrai, ça a été DUR. Plus que dur, c’est peut-être une des expériences virtuelles les plus traumatisantes qui m’ait été donné de vivre dans ma courte existence de geek. Connecté, j’active ma webcam et je lance la machine. Mon premier correspondant n’en est pas vraiment un puisqu’il s’agit d’une main, ou plus précisément un doigt d’honneur qui surgit de sous un bureau. Etonné, je regarde étrangement cette chose, je réalise un tas de truc, je prends soudainement conscience de tout ce qui m’entoure : la fenêtre de mon explorateur internet, mon ordinateur, mon salon, le quartier dans lequel j’habite, Marseille, la France, le monde, le système solaire, la galaxie, Tatooïne.
Bref, j’ai peur. Tout à coup, un étrange énergumène apparaît : c’était le propriétaire du doigt. Il est militairement cagoulé, il porte un sweat sale Adidas et son doigt semble bloqué en position doigt d’honneur. J’ai alors compris qu’il était possible que le syndrome Gilles de la Tourette puisse également toucher notre système nerveux et que cet individu probablement d’origine allemande en était peut-être atteint. Je lui écris que j’aime beaucoup la marque Adidas, que c’est très classe et que ça dénote d’une philosophie de vie potentiellement attachante.
Il regarde son sweat, le prend entre ses mains, le montre à la caméra, le lâche aussitôt et finit sur un combo double doigt d’honneur reverse en backflip. Et il me next.
Next, en gros, c’est comme dans l’émission éponyme, ça veut dire qu’il passe à un autre interlocuteur, sans te demander ton avis. Comme un con, déçu de n’avoir pu entamer une vraie conversation sûrement passionnante avec ce militaire allemand handicapé moteur, je next à mon tour.
Et là, je tombe sur tout un tas de types qui me next les uns après les autres. Ils sont à la recherche de « tits ». Parce que c’est ça la quête du graal dans Chatroulette : trouver la cochonne du web qui montre ses seins à qui le lui demande. Y’en a, sûrement, peut-être, ou pas.
Par contre, si votre truc c’est de mater des zboubs, vous aurez de quoi faire ! Largement même. Enfin, large, tout ça c’est une question de référentiel, parce que j’ai pu en croiser des mini-nems à emporter, du clitoris masculin, du micro-pénis au repos. 1h de Chatroulette, finalement, c’est un peu comme vivre dans la chanson de Pierre Perret. Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le zizi. Et même un peu plus.
Mais attention, ne vous méprenez pas, les zboubs, j’ai pas demandé de les voir hein. En nextant, tu tombes nez à bite avec un type en train de s’astiquer sur son lit. Comme ça, sans crier gare.
Parfois, tu tombes aussi sur des filles (à la louche, je dirai 1/10). Rarement seules, et donc en groupe de 2 ou 3, j’ai plutôt eu l’impression qu’une session Chatroulette consistait en fait à clôturer une soirée arrosée au Champomy histoire de vérifier leur coefficient charme. Ce dernier qui avoisine souvent le négatif d’ailleurs .
Bref, quelques next plus tard, je tombe sur un type un peu comme moi, perdu, affolé par ce qu’a pu devenir le web depuis le temps sacré de Caramail ou Voilà. On entame une conversation en anglais jusqu’à réaliser que nous sommes tous deux français. Il se trouve qu’il est lui aussi étudiant et qu’il procrastine son activité un après-midi de semaine. Comme moi, voilà.
Cette conversation, et une conversation de 3 lignes que j’ai pu avoir avec une obèse afro-américaine ont été les seuls dialogues que j’ai pu avoir en 1h de Chatroulette. Le reste du temps consistait bel et bien à reluquer des gens, des animaux et des sexes pas toujours en érection. Enrichissant, vous devez l’admettre.
Simple anecdote, mais fait avéré : ce type qui a placé un ours en peluche devant sa webcam avec un couteau de cuisine de 35 cm de long placé entre les jambes ainsi qu’une pancarte sur laquelle on pouvait lire « TITS OR THE BEAR DIES », ce qui donne en français « TES SEINS OU L’OURS MEURT ». Sur une simple rencontre, on peut entrevoir toute l’imagination et l’incroyable potentiel humoristique de la masse sur internet. Et ça en soi, c’est déjà énorme.
Mais le plus drôle dans tout ça, ce n’est pas les rencontres. Ce n’est pas non plus ces types déguisés en félin, les néo-nazis américains qui te traitent de sale juif (oui on me l’a fait, ça doit être les lunettes), ni les vieux garçons la main dans le slip qui montre leur rondelle à des jeunes filles de 13 ans. Non le plus drôle, c’est à chaque fois ce premier et court instant où l’on se regarde, où l’on se dépiaute par webcam interposées pour voir si il y a la moindre chance qu’on ait quelque chose à se dire. Comme si, de visu, on allait tout de suite savoir ce qui se putain de passait dans l’espace.
Chatroulette, c’est un peu la loupe grossissante des angoisses de notre époque : les apparences ne trompent jamais mais vous le saviez sûrement.
Ce billet est un extrait d’un chronique radio que j’anime deux fois par mois sur http://www.dynamhit.org
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