Un mouvement se dégage. Sur twitter, mais pas que, l’on recense les français restés au Japon. On compte.
Presque comme si on allait me coller une étoile sur la chemise aussitôt rentré à Tokyo. Comme pour dire « lui, il est parti; vous pouvez le tondre ». On parle ici des français qui ne sont plus français; de ceux vivant entre deux mondes, tiraillés entre la volonté profonde de devenir plus japonais que les japonais et la conscience tragique qu’ils ne seront jamais perçus que comme des touristes qui auraient oublié leur appareil photo à l’hôtel.
Les symptômes, on les connait; tellement qu’on jurerait ne pas en souffrir. Se marier à une japonaise, passer très peu de temps devant un miroir, courber les vertèbres pendant des années, inverser l’évolution du sapiens pour atteindre une taille plus raisonnable, souffrir en silence lorsque les genoux sont pris en étau entre leur propre poids et la dureté d’un tatami dont ils disent raffoler. S’excuser plus que de raison, parler de traditions qui ne sont pas les leurs, sourire bêtement et se découvrir une passion pour un loisir dont on ne se rappelle jamais le nom.
Les intégrés quoi. Ou intégristes, à s’y méprendre.
Rester, maintenant. Rester, comme pour dire une nouvelle fois qu’il y a eux et les autres. Les étrangers au Japon, d’une part. Les français jouant au japonais de l’autre.