Qui a peur des jeux video ?
- 6 novembre, 2009 -
- Le Bar, Push Start -
- Tags : carousel, crétins, crotte, csa, famille de france, peur, Push Start, talking, Video
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Mercredi dernier, France 2 diffusait un reportage inédit intitulé « Génération Gamers : Qui a peur des jeux vidéos ? ». Et en effet, le sous-titre de l’émission a le mérite de poser une simple mais pertinente question. Pourquoi un tel haro sur ce nouveau média ? Quelles sont ces institutions qui semblent si effrayées par cette industrie naissante ? Une industrie pouvant délivrer l’objet culturel le plus vendu en France en 2006 (Pro Evolution Soccer) est-elle foncièrement une industrie dangereuse ? Non, sans déconner ?
En fait, contrairement à la plupart des reportages consacrés aux jeux vidéo, celui-ci a au moins eu l’intelligence de poser les questions. Ces dernières étaient peut-être mal posées ; peut-être l’auteur a-t-il induit un quelconque résultat et orienté son travail en conséquence, mais les questions étaient au moins là. Et ça, quand on est passionné par le jeu vidéo, ça fait du bien.
22h55, le reportage commence. Religieusement, je prends quelques notes, histoire de m’instruire ou peut-être préparer quelques cartouches, comme ça, pour plus tard. On ne sait jamais.
L’auteur commence très naturellement par narrer l’histoire de Jordan, jeune chômeur de 24 ans, vivant chez sa mère. Ce jeune homme était un « hardcore gamer ». « Etait » ? Oui, Jordan est décédé : il s’est suicidé, d’un jour à l’autre, comme ça, sans prévenir.
Défenestré.
Sa mère raconte alors sa vie : elle le voyait très peu, il venait manger en coup de vent. Jordan buvait beaucoup de café et jouait énormément à ses jeux favoris, et parmi ceux-ci « Guild Wars », un jeu d’aventure en ligne à mi-chemin entre un « Diablo » et un MMO plus classique (type World of Warcraft ou Everquest).
Redondance paranoïaque.
Le reportage, dans son intégralité, traite du jeu en ligne mais titre sur les jeux vidéo en général. Pourquoi faut-il toujours que les journalistes fassent cet amalgame ?
Histoire d’être clair : oui, les jeux vidéo en ligne ont une plus grande tendance à capturer les esprits des gens de par leur nature même : il n’y a pas de fin ; et plus de temps vous investirez dans le développement de votre avatar, plus vous ressentirez un sentiment de puissance. Partant de ce postulat, il suffit que le joueur soit légèrement fragilisé d’un point de vue moral (perte d’emploi, ou tout simplement de confiance en soi) pour sentir très vite un désir insatiable de reconnaissance.
Seulement même là, et le reportage l’exprime suffisamment clairement (et on tient là un exemple démontrant l’antagonisme du propos reporté, mais nous y reviendrons un peu plus tard), « ce phénomène ne toucherait que 1 à 3% des joueurs ».
Des joueurs. Oui mais des joueurs de quoi ? Joueurs de cartes ? Joueur de UNO sur internet ? En France ? Dans le monde ? Est-ce que l’on parle ici uniquement des joueurs de jeux en ligne, ou des joueurs en général ? Les ménagères de plus de 50 ans pratiquant la fitness sur Wii sont-elles incluses dans ce compte ? A vrai dire, rien n’est précisé. On nous traîne encore dans le flou : preuve à quel point l’idée que l’on souhaite exprimer diffère du message dégagé…
Un peu plus tard dans le reportage, le journaliste interroge à juste titre un ancien camarade de jeu de Jordan : Sebastien. Ce dernier déclare avoir joué entre 8 et 10h par jour à ce jeu en réseau et que Jordan en faisait tout autant.
Les mots « addiction », « drogue », « cyber-dépendance » sont ici utilisés à tort et à travers si bien que l’on y croit ; nous en sommes persuadés. Le jeu en ligne rend dépendant.
D’autres n’y croient pas, Yann Leroux en est un exemple intelligent, mais l’idée n’a visiblement pas encore fait le tour des rédactions françaises.
Pire, le jeu vidéo en ligne peut brouiller nos codes, annihiler le contrat social et nous pousser au suicide. La mère de Jordan intervient et s’exclame « Pour moi, il jouait avec des fantômes ». Preuve en est de l’incompréhension mutuelle entre deux générations qui n’ont décidemment rien à voir l’une avec l’autre. Rendons néanmoins à César ce qui lui appartient et précisons que Génération Gamers fait état de cette idée par le biais de Nathalie Bastard, psychologue et vraisemblablement joueuse d’Age of Conan (un autre jeu en ligne à univers persistant comme World of Warcraft) qui traite avec une multitude de patients « dépendants » de jeux en réseau.
Catastrophe ; même ce reportage que lesinrocks.com nous vendait déjà comme une promesse de renouveau dans le discours médiatique lié aux jeux vidéo, parle de banalités comme l’e-enfance. Aaah, l’e-enfance du Ministère de l’Intérieur. Vous vous rappelez ?
Bon, là aussi, c’est un raccourci puisque les coupables sont plutôt à chercher du côté du ministère chargé de la famille. Gameblog.fr (étant tout simplement la référence de l’information vidéo-ludique en Français d’après moi) en avait fait une merveilleuse lettre ouverte que je vous invite à lire ici.
Pornographie. Pédophilie. Racisme. Jeux Vidéo. Combien de français, combien de parents ont considéré cette chose comme vérité inébranlable ? Et le pire dans tout ça, c’est que l’on y croit : le jeu vidéo est un fléau, il peut corrompre n’importe quelle tête blonde jusqu’à lui donner envie de montrer la trace de son slip via la Webcam de son papa à des inconnus nazis sur MSN Messenger.
L’e-enfance est allé à la télévision, alors maintenant pourquoi ne pas aller directement dans les écoles ? Mais c’est ce qu’ils font figurez-vous ! Une dame très sérieuse et bien informée se rend dans des classes de 4ème, et averti des dangers de « l’addiction au jeu vidéo ». Après les réunions anti-drogue par la police, les cours d’avertissements aux MST par l’infirmière de ton bahut, une dame, une vraie, vient t’expliquer que si tu joues trop au jeux vidéo, tu vas peut-être finir comme Jordan, intermittent de la vie normale.
Infecte.
Il y aurait tant à dire. Répondre à une simple question peut s’avérer parfois un exercice délicat. Qui a peur du grand méchant loup ? Qui a peur des jeux vidéo ?
A l’heure où vos enfants, nos petits frères et petites soeurs, allument la console et « l’ordi » en rentrant de l’école et font consécutivement faire s’écrouler les audiences de fin de journée, la télé ferait bien de répondre elle-même à cette question. Alors évidemment, ce n’est que mon avis.
originellement publié sur dynamhit.org
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