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Blog franco-nippon à tendance freak NSFW. Humeurs, monologues, nostalgie en barre, WTF et amour du beau. Édition 2012.

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14 juillet
Posted in In Japan, Puratikku

Landed Gaijin: le parcours du combattant (1)

Arrivés ! Après 24 heures de transports et d’attentes, nous sommes enfin arrivés. La fatigue est bien présente, le décalage horaire se fait ressentir dans le moindre geste ; la GF est bouleversée de sommeil. Je profite d’ailleurs d’une interlude de fraicheur entre deux siestes pour te raconter ce qui va se passer dans les (durs) premiers jours d’un salaud de blanc au Japon.

Avant tout, le sésame absolu, c’est la carte de séjour. Du moins, son équivalent : 外国人登録証明証, Gaikokujin Tôrokushô Meishô que l’on doit demander auprès des autorités locales de sa résidence de départ (ou de son boulot, c’est selon). Nous l’avons demandé ce matin ; comme d’habitude, l’administration japonaise tourne à plein régime. Comme dans une ruche, les fonctionnaires se croisent et se recroisent dans des bureaux incroyablement bien tenus. Et comme toujours, les japonais se montrent rigoureux dans toutes les affaires de paperasses, aussi insignifiantes soient-elles : ils nous ont fait vérifié nos noms et prénoms 3 ou 4 fois, la moindre information était photocopiée, tamponnée, approuvée, justifiée ; bref, pour le choc culturel, ce n’est pas la peine d’attendre la cérémonie du thé ou autre tradition exotique, tu auras juste à aller te faire faire un papier à la mairie, tu auras du changement. Du vrai.

Seulement attention : le tôrokushô délivré n’est que provisoire (une feuille hankoté, du verbe hankoter, dérivé du nom hanko, soit tampon en japonais) ; il faudra aller chercher la carte, en personne, 2 semaines après la demande. Ceci dit, le certificat provisoire est généralement suffisant pour la plupart des démarches de départ telles que l’ouverture d’un compte en banque ou d’un compte téléphonique ou bien encore auprès de certains propriétaires fonciers dans le cas d’une location d’appartement.

C’est donc logiquement demain que nous irons à Yokohama (pour l’instant, nous logeons chez des amis à Yokosuka) pour continuer le parcours du combattant gaijin. J’essaierai d’expliquer en détail comment se passent l’ouverture de comptes bancaire et téléphonique, les pièges à éviter et quelques conseils ou recommandations (quelle banque choisir, quel opérateur préférer).

Enfin, deux petites choses avant de reprendre ma sieste :

  • Je ne peux pour l’instant joindre aucune photo à mes billets car je n’ai pas encore déballé le réflex ; cela sera possible dans quelques jours
  • Grâce à mon ami J.R qui m’a personnalisé ce petit plugin magique que vous pouvez voir en haut d’Unko.fr, je pourrai poster des photos directement depuis mon iPhone ; par la magie des flux, cette photo sera backlinké directement sur mon compte twitter et je ne sais où encore ; mais bref, feature sympa qu’il me tarde d’essayer (dès que j’aurai un forfait quoi)
9 juillet
Posted in In Japan, Le Bar

Les mauvaises raisons

J’te dis ça, j’dis rien mais la GF comprend pas tout de l’univers de déraison qui plane autour de la culture nippone. J’te dis ça, j’dis rien aussi parce qu’on s’envole dans 2 jours et que j’ai presque toujours honte de raconter ma lubie; la dernière fois, c’était chez le coiffeur qui me demandait pourquoi j’avais vécu au Japon et pourquoi j’y retournais d’une manière bien singulière (genre « tiens, encore un cinglé »). BTW, qui a autorisé les coiffeurs à nous parler? Genre, c’est normal de parler de la vie avec ton client pendant que tu exerces. Et vas-y les digressions scandaleuses sur la santé de sa maman ou les escapades nocturnes de son compagnon. Shut the fuck up, comme dirait nos amis les gros. Honte donc.

Une honte comme pourrait avoir un jeune musulman de France qui serait stigmatisé par la masse bovine environnante. Eh bien, un peu comme lui, les hordes d’otakus, comprends ces passionnés de manga, d’anime, de cosplay ou que sais-je encore, qui déballent leurs attirails lors de conventions aussi spectaculaires que la Japan Expo me font honte! Non pas que j’ai quoi que ce soit à leur reprocher, je comprends et j’adhère à la fan attitude, la plus pathétique soit-elle (par ex. Claude François); je suis moi-même un fou de jeux vidéo, et dès qu’il y a un gros fusil à l’écran, je dilate gras des pupilles, et je transpire de la raie du fion. Mais bref. Je trouve dommageable que les fans d’anime ou de J-pop dégueulasse (non, ça par contre, je dis stop; comment ça la tolérance? ah, bon, d’accord) continuent de considérer le Japon comme une terre promise ou un paradis terrestre quelconque.

Bonjour, j’ai 17 ans, je suis en terminale, je suis passionné de manga depuis tout jeune et j’adore la culture nippone (NDLA: comprenez « j’aime aussi la J-pop et certains navets qui commencent par le mot -ninja- »). Mon rêve est de vivre au Japon et j’aimerai savoir ce que je devrai faire pour réaliser ce rêve. Je suis prêt à faire tous les métiers, même laver des chiottes indigents à la gare d’Akihabara (NDLA: avant rénovation, je les avais élus « chiottes publics les plus poisseux de tout Tokyo »). Aidez-moi! Arigatolol.

Les messages de ce genre, sur tous les forums dédiés au Japon, sont légion. Et dans la plupart des cas, les membres de ces même forums ne sont pas tendres dans leurs réponses. Et ils ont raison tant ça sent le MER IL ET FOU sauvage. Encore une fois, je dis pas que c’est mal. Juste que ça me fait chier car ça décrédibilise totalement mon personnage. Oui, c’est égoïste.

Les médias ont évidemment leur part de responsabilité. Comme souvent, le message est simpliste : le Japon, c’est des robots, qui mangent des sushis, en lisant des mangas. C’est à peu près tout. Et toute une ribambelle de ploucs de la génération 80/90 y croit dur comme fer. Et toute une génération rêve d’un pays qui n’existe que dans des bulles de bandes dessinées.

Alors bien sûr, le manga fait partie intégrante de la culture récente de ce pays pas si asiatique; certains sont d’ailleurs des merveilles d’imagination, de scénario, d’esthétique, parfois tout ça à la fois, mais comme Amélie Poulain n’est pas la France, City Hunter n’est pas le Japon. Combien ai-je connu de jeunes gens fous de leurs passions dessinées, arrivés en famille d’accueil au plus profond de la campagne japonaise, qui ont souffert d’un homesick dévastateur? A se tailler les veines. True story.

Car voici encore un amalgame relativement agaçant qui trotte dans la tête de pas mal de gens: le Japon, c’est Tokyo. Alors que s’il y a bien un lieu qui n’est pas japonais au Japon, c’est justement Tokyo (j’exagère certes un peu le trait, mais au moins c’est clair). Comprends-moi, il y a de la France dans Paris, mais Paris ne représente pas l’étendue des particularités régionales françaises. Marseillais de naissance, j’ai même parfois tendance à penser que je ne suis pas vraiment né en France mais plutôt dans un pays hybride méditerranéen où le savoir vivre se rapproche plutôt des us italiens ou algériens plutôt que du gimmick baguette-montmartre qu’on nous sert dans la plupart des films américains.

Du coup, prétendre aimer le Japon (au fond, y’a rien de plus con, je préfère te prévenir, ce sera jamais réciproque) parce qu’on fantasme un soit-disant caractère typique japonais, et tout le blabla modernité-tradition qu’on peut lire ici ou là, c’est confus.

En fait, le Japon ne s’aime pas vraiment; il se laisser apprécier, par spasmes nauséeux, au rythme des saisons.

8 juillet

La télé rend con. Oui, mais c’est drôle

La plupart des japonais un tant soit peu éduqués te le dira: la télévision nippone est un ramassis de conneries indécentes. Un coup à nous foutre Zemmour dans une rogne totale (rapport à sa sortie sur les « mangas » dans l’émission « On n’est pas couchés »). Oui, ben, sur le fond, j’suis assez d’accord. La télévision japonaise est souvent assez légère. A part sur NHK et certaines chaînes du câble, peu sont les programmes culturels ou débats littéraires à être diffusés, et peu sont les films mis en avant à une grande heure d’audience.

Mais contrairement à notre télévision française, adepte de la désormais plus très lucrative Télé Réalité, les japonais, eux, ont de l’imagination. En fait, ils pensent à deux choses essentielles en concevant une émission: le pognon, et le divertissement. Dans le bon ordre, s’il te plaît. Les programmes de divertissement japonais sont totalement décomplexés; il faut le voir pour le croire. Quand ce n’est pas un présentateur faussement ivre qui demande à une jeune idole de sauter sur place pour montrer au public, mort de rire, le ballotement de ses seins, c’est une bande de compères qui font des jeux stupides, à la limite d’un Twister géant, dans un décor en papier mâché jaune fluo et rose kitty.

Merveilleux de cette fausse spontanéité qu’on leur connaît et de ce génie total de l’humour cocasse, voire même un peu gras, les stars du petit écran ou テレビマン terebiman comme ils aiment s’appeler, jouent les idiots et répètent depuis presque 30 ans les mêmes blagues potaches au rythme frénétique des sorties TV, musicales ou scéniques de tous les タレント talento que dénombre l’archipel.

Au côté des nombreuses émissions de divertissements cultes japonaises, il y a aussi les ドラマ dorama, sorte de telenovelas typiquement japonaises (et désormais sud-coréennes) qui connaissent succès et échecs, au gré des saisons et dont l’enjeu est capital pour les chaînes de TV qui investissent des milliards de Yens dans leurs réalisations. Avoir le dorama qui marche, que tous les japonais regardent et discutent à la pause déjeuner, c’est l’assurance de mois entiers de revenus publicitaires fructueux, bien plus que n’importe lequel des épisodes inédits de Lost ou CSI qui pourrait passer sur TF1. Car peu sont les japonais à adorer les séries américaines même si 24, par exemple, a su conquérir un marché somme toute relatif.

Et parfois, le succès de certains programmes TV se fait même ressentir mondialement. Tu as déjà croisé Menu W9 sur ton réseau hertzien numérique. Oui? Alors je n’en parlerai pas (en vrai, ça me conforte assez dans mon idée que la télévision française est la télé qui doit recycler le plus de merdes de son propre réseau et de celui des autres dans le monde). Sur Youtube, la dernière folie des amateurs de shows japonais consiste en la traduction de toutes les « meilleures » émissions de divertissement; en anglais bien sûr, mais aussi parfois en allemand, ou en portugais.

Parmi celles-ci, Downtown, ou plutôt ダウンタウンのガキの使いやあらへんで!! et ses fameux 罰ゲームbatsu geemu, sorte de jeux à punitions (punishment games) dans lesquels les règles sont compréhensibles même par un autochtone bourré ou un étranger sachant parler tout au plus 100 mots de japonais. C’est bête, c’est premier degré, c’est parfois cruel, mais qu’est ce que j’ai pu rire. Florilège.

Navré, toutes les vidéos sous-titrées ont été supprimées par Youtube (les télévisions japonaises refuseraient donc de voir leurs contenus se répandre sur le net ? Intéressant, en tout cas).

[MAJ] J’ai retrouvé une version du show planquée sur Youtube. Allez dans la suite du billet pour voir toutes les vidéos (le meilleur passage étant d’après moi celui du dessus)

[MAJ2] Encore supprimées. J’arrête les frais. Vous savez où les trouver.

La suite, très drôle, ça se passe ici.

7 juillet
Posted in Le Bar

Le premier truc que tu vas faire quand…

Ce billet est le centième du blog. Merci à ceux qui me suivent ici et sur Twitter.

Lundi, la GF et moi prenons l’avion pour Tokyo. Quelle sera la chose que je vais faire en premier lorsque j’arriverai sur le sol nippon? Non parce que, c’est une question que je me pose souvent lorsque je pars en vacances, et dans ce cas en stage à l’autre bout du monde. D’ailleurs, c’est une question que j’aime poser dans la mesure où mon interlocuteur n’est pas un clandestin en arrêt à CDG.

Ça paraît insensé peut-être mais une première, comme une dernière, c’est important. L’une conditionne la suite des événements alors que l’autre la résume.  D’abord j’ai pensé à de la bouffe -parce que j’adore la bouffe japonaise- : je me suis dit, tiens, dès que j’arrive, je me môssacre au râmen. Avec plein d’émincés de porc dedans. Puis j’ai trouvé ça un peu précaire car j’aurai forcément le temps de faire d’autres trucs en attendant le déjeuner (on arrive à 8h du mat, alors autant dire que le bouillon de cochon peut attendre un peu).

Tant pis, j’achèterai un paquet de Mild Seven et je fumerai un clope dans l’air humide de Narita. Sauf que non, je peux pas faire ça. Enfin si, je le ferai, mais je le considérerai pas comme « le premier truc que je ferai ». Ce sera plus du temporaire, de l’intermédiation, je ferai rimer le foulage de sol avec ma première intention en m’injectant de la nicotine dans le corps. Le clope, ce sera du liant.

Non, je crois que le premier truc que je ferai quand j’arriverai au Japon (ça peut vous paraître un peu con sachant que j’étais là-bas il y a pas plus de 10 mois), ce sera d’aller aux chiottes. Je ferai la totale, et j’appuierai sur tous les boutons. Aaah, la fonction bidet ! Ce petit jet tranquille qui passe et masse. J’irai aux chiottes, ouais. Et je livetwitterai mes exploits.

Au fond, je me sens stupide car j’étais aux chiottes y’a pas plus de 10 minutes et que j’en ai pas fait tout un cirque sur mon blog pour autant. A vrai dire, le premier truc que je ferai n’a que très peu d’importance. L’imaginer, c’est  fantasmer, c’est déjà mettre un pied là-bas.

Maintenant, j’aimerai bien y mettre les deux, tu vois.

5 juillet
Posted in In Japan, Puratikku

Prospecter un appartement à Tokyo

Oui, bon, sauf si tu es gossbo et que tu me lis sous RSS, tu t’aperçois qu’Unko a changé de tenue. Non pas que je n’aimais pas l’ancienne version -le template était vraiment fantastique- mais je souhaitais avoir quelque chose de plus léger et surtout de plus adapté à mon rythme de parution, assez faible, je l’admets volontiers. D’un coup d’oeil, tu pourras désormais voir s’il y a du neuf, ou pas et tu ne seras plus obligé de cliquer pour lire la diagonale de ton écran.

Mais bref, rien à voir avec la potée du jour puisque je comptais te parler de mes difficultés à trouver un logement décent pour un prix correct à Tokyo. Evidemment, tu connais les prix exorbitants de la capitale japonaise ou tu en as au moins entendu parler dans un sous reportage sur M6 ou NRJ12 et pour une fois, c’est tout ce qu’il y a de plus vrai. Les prix des loyers sont TRÈS élevés: à titre d’exemple, une coquette studette de 15m² à Suginami-ku (donc, pas non plus le quartier le plus chic de Tokyo) revient à 830€/mois sans les charges qui sont, elles, de 50 euros. WTF, n’est ce pas ? Et encore, on voit souvent pire: des 20m² modernes, tout équipés à plus de 1200 voire 1300 euros charges comprises. Autant dire que c’est pas demain que je poserai mes bagages dans un loft de 100m² en plein Daikanyama.

Le soucis, c’est que le montant du loyer n’est pas le principal problème. Non, la couille dans le potage, c’est le coût d’emménagement, ou « move-in cost ». Pour un studio, il peut vite monter à plus de 350 000Y (3500 euros). Dans le détail, je t’explique.

Le propriétaire exige souvent trois dépenses plus ou moins communes avec les habitudes françaises:

  • Deposit, l’équivalent de la caution que tu connais, équivalent généralement à 2 ou 3 mois de loyer
  • Agent Fee, les frais d’agence qui comme ici valent plus ou moins 1 mois de loyer
  • Key Money (en japonais, 礼金 reikin), sans équivalent français, représente en fait un « cadeau » que fait le nouveau locataire à son propriétaire pour le remercier de lui confier son appartement et les clés qui vont avec. Généralement 75 à 100% d’1 mois de loyer.
  • Key Change qui sont des frais de propreté que l’on doit payer au sortir du bail; il arrive néanmoins de devoir les payer au début (varie selon le type de logement)
  • Enfin, l’assurance, que l’on paye directement lors de l’emménagement. Pour un studio, compte 15 000 à 20 000 yens pour deux ans.

Si je fais le calcul, emménager dans une location à 80 000Y HC peut revenir, dans le pire des cas, à 500 000Y, soit 5000 euros au taux actuel (frais compris), premier loyer compris. Bref, tout le monde ne peut pas se loger dans ces conditions et il devient donc essentiel de trouver toutes les combines permettant d’échapper à ces WTF japonais en puissance.

Premièrement, favoriser les annonces de particuliers ou d’agences tenues par des étrangers qui ne recensent en général que des appartements de propriétaires n’exigeant pas de Key Money et toutes ces conneries. Opter pour une colocation peut s’avérer judicieux mais attention, tes nouveaux room mates te feront participer à tous les frais qu’ils ont pu engager lors de leur emménagement, et ce peu importe si tu es arrivé 1 ou 2 ans après la guerre.

Ensuite, il faut parfaitement évaluer ce qui, pour nous, est indispensable dans le choix d’un logement: est-ce la proximité de commerces? la distance qui la sépare de la gare la plus proche? la localité (à Tokyo, il est souvent important de se trouver sur une ligne de métro ou train directe de son travail/université en raison du coût du transport en commun)? le calme, et/ou la présence de certains éléments de conforts (Air Conditionné, nombre de pièces, etc.), l’âge du bâtiment (les normes sismiques n’étant sensiblement pas les mêmes depuis 1970)? Bref, évaluer, c’est déjà mesurer les choses que nous sommes prêts à sacrifier afin d’avoir un loyer plus économique.

En l’occurrence, la GF et moi sommes prêts à marcher pour rejoindre notre gare la plus proche, nous ne visons pas très grand, mais souhaitons avoir un immeuble récent, avec tout le confort moderne (Air Conditionné, indispensable au Japon) et sur une ligne directe de nos boulots respectifs. Autant dire que c’est pas gagné.

Mais on continue la prospection! Nous avons rendez-vous la semaine prochaine pour plusieurs visites à Tokyo et Kawasaki. D’ici là, j’aurai certainement plein d’autres choses à te raconter.

Ressources:

http://www.kimiwillbe.com

http://apartments.gaijinpot.com/

http://tokyo.craigslist.jp/apa/

http://leopalace21.com/

6 juin
Posted in Le Bar

Les tartes à la crème des blogs

Avant d’être blogueur à temps partiel, je suis avant tout un lecteur de blog à temps plein. La vie de machin, les états d’âme de truc; souvent j’ai l’impression de suivre des séries à suspens dont le dénouement s’avère être aussi concret que la fin attendue de Comment J’ai Rencontré Ta Maman. Parce qu’il faut pas croire, ça gazouille pas que sur Twitter : les blogs sont aussi des terrains de jeux expérimentaux passionnants où chacun s’essaye, à sa manière, à plomber l’ambiance consensuelle du média traditionnel. Non, sérieusement, si mes blogueurs préférés étaient une famille, mon Google Reader serait quant à lui un repas de noël quotidien.

Seulement, quelque chose m’a marqué ces derniers temps. Tu vas rire. Comme dans une série, la recette d’une bonne tranche de vie s’exécute toujours dans les même plats : le même putain de moule narcisso-comique. Et comme dans une série, c’est parce que c’est la même recette, d’un traditionnel le plus rassurant, qu’on continue de l’apprécier. Jusqu’au jour où on s’en lasse, évidemment.

Permets-moi alors de dresser une liste non-exhaustives de formats pré-chiés par les blogueurs de France et de Babar; tout en ayant conscience que je formule également ici une auto-critique non constructive.

Le jour où j’ai [ICI, insérer une phrase médiocre]

En tentant de raconter le jour où il s’est remis à un sport quelconque ou ce fameux dimanche où il a ressorti une vieille Amiga du placard, le blogueur fait un peu le pari de l’humour des familles. Genre, j’ai une vie pourrie mais j’ai ce recul intellectuel me permettant d’avoir un avis critique comico-constructif. Grossièrement, ça veut dire qu’il va te raconter un épisode effarant de sa vie mais en le tournant à la dérision. Et genre ça te fait rire. Et genre tu laisses un commentaire dégoulinant de fausse sympathie 2.0. Ou genre tu laisses pas de commentaire du tout. Généralement, on retrouve ce type d’individus livetweetant les meilleurs moments (comprends « les pires ») de Pascal le Grand Frère ou Confessions Intimes

Mon avis sur [ICI, insérer un produit de consommation]

Loin de se douter que son avis nous touche une demi-boule sans ricocher sur l’autre, le blogueur va tenter ici de t’impressionner. Il a vu le dernier film à la mode, il a testé un produit hype dans une opé auquel tu n’auras jamais accès, il a testé un produit hype parce qu’il a plus d’argent que toi et qu’il a ainsi pu se l’acheter, bref, il a posé sa main pleine de croutes sur un objet au choix convoité ou source de polémiques. Et il veut te dire ce qu’il en pense. C’est le billet de l’apprenti sorcier, ou plutôt du journaleux wannabe. Et en plus, c’est souvent médiocre.

[ICI, insérer une personne dont on se tamponne, un produit d'usage quotidien ou une maman] et Moi

T’as bossé dur aujourd’hui. Tu rentres chez toi, fatigué. Tu cognes ta femme. Tu mets les pieds sous la table. Tu recognes ta femme et tu décides pendant qu’elle va sécher ses larmes de lire un peu tes flux RSS non lus. Et dans ce genre de situation, t’es plutôt fébrile. C’est là qu’intervient notre blogueur, qui, dans son infinie bonté, a bien souhaité partager un élément indispensable de sa vie, à savoir sa concierge, sa marque de céréales ou sa maman. Petit billet de l’ordinaire et du quotidien, ce genre de texte ne pourra que te pousser à achever ta femme, voire l’achever à petit feu; style avec un truc contondant (une masse, un gourdin, une Freebox ou l’intégrale de Bernard Werber). C’est ce qu’on appelle « les blogueurs influents ». Ils influencent tes actes. Oh oui.

Mes escapades à/en/au [ICI, insérer le nom d’une ville ringarde, d’un pays de geek, ou d’une zone érogène dans le cas de blogs tendancieux)

Si seulement on nous avait prévenu que l’Homme, celui-là même qui déteste aller chez des amis à leur rentrée de voyage, tout ça pour s’éviter la sempiternelle séance de diapos, avait passé des décennies à inventer un internet compréhensible et abordable par tous pour finalement se retrouver 20 ans plus tard en train de regarder des albums photos immondes suivis de descriptifs et de récits des plus affligeants. Si seulement… On aurait tout simplement pu éviter le massacre en estrapagnant notre espace vital à coup de bombe H. Concernant les blogs tendancieux; en général c’est crade (surtout ceux avec des photos).