De l’art d’etre rebelle
Tu dois aller à l’encontre. Oui, à l’encontre. De quoi, me diras-tu ? De tout, te répondrai-je ! Être rebelle, dans toutes nos sociétés, c’était aller à l’encontre de celles-ci : penser l’anarchie, faire ce qu’elles ne toléraient pas ou plus, violer les règles, briser les tabous. Mais attention, être rebelle, ce n’est pas être un bandit chevronné : Al Capone, par exemple, truand ô combien célèbre, était moralement ancré dans sa société : faire de l’argent, organiser des flux, gérer l’information. Nos fantasmes et imaginaires une fois dépassés, Al Capone s’avère être au final un dangereux personnage; rien de plus.
Ne confondons pas tout. Le rebelle n’est pas non plus Lorenzo Lamas. Le rebelle n’a pas forcément une Harley Davidson en état de marche et un copain indien détective. Le rebelle ne cherche pas à faire le bien : non, le rebelle agit dans son intérêt, il a conscience des dangers qui l’entourent, ne tolère pas la société dans laquelle il avait pris forcément, à un moment de sa vie, soin d’évoluer. Le rebelle agit pour sa pomme, même si, au fond, les raisons qui le poussent à se conduire de la sorte sont structurées. Il est paranoïaque, il vit l’instant présent et redoute une menace souvent intemporelle : la pensée unique, les majorités insipides, les conformismes les plus tenaces.
Au fond, on le sait tous : le rebelle a raison. Et pour ça, nous nous en voulons de ne pas être comme lui. Une fois de plus, je te mets en garde, le rebelle n’est pas Daniel Cohn Bendit. Le rebelle ne cherche pas à convaincre, juste à signifier son mécontentement. Pourquoi ? Parce qu’il sait pertinemment qu’il ne pourra pas changer les choses, d’où sa différence avec l’illustre révolutionnaire cité précédemment. Le rebelle tourne le dos à la société, sans regarder par dessus son blouson (non, par contre, le rebelle n’a pas toujours un blouson, mais quand c’est le cas, c’en est un avec des manches).
Enfin, le rebelle meurt jeune. Et s’il vieillit, il aura ainsi abandonné son statut plusieurs années auparavant, noyant sa compréhension du monde dans le beaujolais ou le whisky pur malt. Le rebelle n’est donc pas Johnny Hallyday.
Car si malgré les apparences, le bougre semble toujours aussi énervé, si malgré le temps, il n’accepte pas encore de se voir comme un jeune retraité dont le passé furtivement rebelle nous semble davantage un mythe qu’une réalité vraisemblable, Johnny n’est plus le même. Au grand damne de ses fans indécrottables qui voient toujours en lui, comme dans une vision altérée de la réalité, le symbole de leur jeunesse où, comme nous, ils savaient pertinemment que Johnny avait raison : ils s’en voulaient de ne pas être comme lui. Il était un modèle.
Mais quand le rebelle devient un modèle, le rebelle n’est déjà alors plus celui qu’on croit. Qui est rebelle en 2009 ? Et bien dans une époque où chacun cherche une part de son individualité à exploiter, à mettre en avant (tu sais, les blogs, les réseaux sociaux), le rebelle est devenu soluble. On ne sait pas où il est, et pour cause : il est partout. Ou plutôt, chacun considère en être un : « moi ? victime de la pub ? ahah, jamais »; « ma veste là, y’a que moi qui l’ait »; « je ne crois pas en la politique »; « TF1, c’est pour les beaufs, de toute manière, moi, j’ai pas la télé, c’est un média abrutissant ».
Et pendant ce temps.

Related posts:
Pingback: Les tweets qui mentionnent De l’art d’etre rebelle | Unko -- Topsy.com