La ville basse au soir venu est une succession de ruelles tranquilles à l’éclairage tamisé. Le factice de la ville n’est plus. Le ciel gris-noir contraste les couleurs néons des quelques enseignes qui, traversant la nuit, débutent leur propre journée. L’air frais et l’obscurité apaisent mes pensées.
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Vie Quotidienne
Tokyo Thoughts #3
Sous les rames de Tokyo s’est organisé un paysage original d’artistes peintres, de leurs galeries bordels, de petites échoppes enfumées d’où l’on entend brailler le soir venu et des poubelles de la rue, que l’on cache à l’abri du regard de la ville. Sur une caisse de travers, j’hume les [...]
Tokyo Thoughts #2
Dans les rues commerçantes d’Asakusa, les bibelots font le tapin au coeur d’une foule toujours disciplinée. Les athlètes urbains, chauffeurs avertis de jinrikisha, l’air fier, alpaguent les badauds alentour. A l’entrée d’une soba-ya, quelques septuagénaires croisent dans l’indifférence un groupe de touristes hagards, affolés de ne savoir ce qui pourrait les [...]
Tokyo Thoughts #1
De ce pont, je contemple Yanagibashi, son paysage austère; je me remémore le frisson et la brise, la douceur de l’hiver. Te rappelles-tu de ces jours de janvier? Une simple promenade sur les quais, une course à vélo, la neige du matin; l’ivresse du saké et nos voyages en train.
De la virilité et du courage
Un mouvement se dégage. Sur twitter, mais pas que, l’on recense les français restés au Japon. On compte.
Presque comme si on allait me coller une étoile sur la chemise aussitôt rentré à Tokyo. Comme pour dire « lui, il est parti; vous pouvez le tondre ». On parle ici des français qui ne sont plus français; de ceux vivant entre deux mondes, tiraillés entre la volonté profonde de devenir plus japonais que les japonais et la conscience tragique qu’ils ne seront jamais perçus que comme des touristes qui auraient oublié leur appareil photo à l’hôtel.
Les symptômes, on les connait; tellement qu’on jurerait ne pas en souffrir. Se marier à une japonaise, passer très peu de temps devant un miroir, courber les vertèbres pendant des années, inverser l’évolution du sapiens pour atteindre une taille plus raisonnable, souffrir en silence lorsque les genoux sont pris en étau entre leur propre poids et la dureté d’un tatami dont ils disent raffoler. S’excuser plus que de raison, parler de traditions qui ne sont pas les leurs, sourire bêtement et se découvrir une passion pour un loisir dont on ne se rappelle jamais le nom.
Les intégrés quoi. Ou intégristes, à s’y méprendre.
Rester, maintenant. Rester, comme pour dire une nouvelle fois qu’il y a eux et les autres. Les étrangers au Japon, d’une part. Les français jouant au japonais de l’autre.
110311 0246pm
Vendredi 11 mars, 9h45 du matin. Je passe un entretien près de chez moi pour un part-time job. Légèrement enrhumé mais considérablement fatigué, j’hésite entre prendre le train pour mon travail ou rentrer chez moi pour une douce association thé plus couette. A seulement quelques pas de la gare, mon choix est vite fait, je vais au bureau.
La matinée est calme; je procrastine lentement, passe mon temps sur ce side project qui m’obsède depuis des semaines. Midi arrive et je descends de mon neuvième étage par le lent ascenseur Hitachi qui, jour après jour, me paraît de plus en plus désuet face à ces milliers d’ascenseurs à grande vitesse tokyoïtes. Le matin même, ma moitié me parlait encore de ce magnifique jeudi qu’elle avait passé, à flâner dans le parc de Kiyosumi Shirakawa, à manger dans ce restaurant au 50ème étage d’une tour de verre bien connue de la capitale japonaise. Je pense à elle et divague, rien d’anormal.
Je décidais pour mon repas de rapporter un des bentôs les plus fameux de Tôkyô. Nanagou, un assortiment de poulets cuisinés, frits, panés, grillés, ses petits légumes de saison et un grand compartiment à riz surplombé par l’inévitable umeboshi. Une horde de grand-mères mignonnes fait tourner la boutique à plein régime. Chaque midi, il ne faut pas plus de 45 minutes pour assécher leurs stocks. Ce sont de petites célébrités locales et on fait jusqu’à 20 minutes de train pour récupérer un de leurs succulents plateaux repas. Une conversation triviale avec l’une d’entre elles et c’est toute l’histoire du Japon d’après-guerre que l’on peut lire dans les traits marqués de leur visage. Chaque ridule, fossette ou tâche me paraît un nouveau chapitre du temps.
Je rentre au détour d’un passage au convenient store pour acheter à boire. Une nouvelle fois, le temps s’arrête pour monter jusqu’au neuvième étage. Avec malice, je lis encore une fois les consignes de sécurité collées dans la cabine. Tremblement de terre, feu, de nombreux autocollants visiblement cornés par les années en disent long sur les évènements auxquels un monte-personne nippon doit faire face. Ca m’amuse, rien de plus.
Je file dans notre espace de réunion pour déguster mon repas, l’air de rien. Une fois fini, je retourne à mon poste et discute avec un ami. Le travail ne se bousculait pas au portillon; il faut dire que nous traversions une période de crise plutôt inquiétante et que les commandes n’étaient pas au beau fixe.
14h00. Je discute avec mon partenaire de projet via la messagerie instantanée de Google. Il vit à New York et le décalage horaire ne nous laisse que de courtes périodes de communication chaque jour. Une trentaine de minutes plus tard, je quitte mon poste pour retourner en salle de réunion; un collègue japonais joue au Playstation Move que nous avions installé quelques semaines plus tôt afin de nous détendre de temps à autre. Il est sur le point de battre à la pétanque l’un des personnages les plus forts du jeu. Cela fait des jours que nous essayons à tour de rôle de gagner cette manche de 9 points. Je regarde dehors à travers nos baies vitrées; le temps est clair, le soleil réchauffe lentement la ville qui peine à s’extirper de l’hiver.