13.nov.2009 Carnet de Voyage : Japon #1
Tôkyô. Midi.
Près d’une journée passée en avion, voiture et trains; exténués mais méritants, nous jouissons enfin d’un peu de sommeil. A mon réveil, c’est tout le bonheur d’un homme qui doit s’exprimer sur mon visage : côte à côte avec la femme que j’aime, et dans un flash forward psychédélique, notre mois et demi d’escapades nippones défile devant mes yeux.
Il faut faire vite, nous avons rendez-vous avec quelques amis venus nous chercher à notre auberge. Malaise sensoriel : j’avais oublié cette odeur de tatami; forte, agaçante, elle semble s’accrocher à l’air, aux murs, m’enivrer dans un passé traditionnel depuis longtemps oublié par les japonais. Mais il faut faire vite. Une demi-douche plus tard, gaiement, nous nous dirigeons vers le hall d’entrée. Hitoshi nous attend, assis, l’Asahi Shimbun dans une main, son téléphone dans l’autre. Avec une prudence involontaire, il me salue comme si je n’étais jamais parti. Il m’explique par la suite que les autres n’ont pas pu nous rejoindre à Ikebukuro et que nous avons donc logiquement rendez-vous à Shinjuku Ouest.

Ikebukuro (Canon 500D/)
Nous sortons et nous dirigeons vers la station de métro la plus proche. (Bis) Malaise sensoriel : l’humidité est étouffante; nous sommes mi-juillet, la saison des pluies est désormais terminée. Prendre une grande respiration à Tôkyô est devenu plus difficile, les appareils climatiseurs tournent à plein régime, industriellement, dans toute la ville. On suffoque.
Étrangement, je suis heureux d’aller sous terre. L’air y est paradoxalement plus respirable; dans notre rame de métro, la fraicheur est somme toute agréable. Le voyage est court mais reposant : premier moment de détente à Tôkyô. Nous parlons de choses et d’autres : tiens, j’ignorais que les élections législatives approchaient. Hitoshi me parle d’une révolution politique. Il semble enthousiaste à l’idée que, pour la première fois depuis la fin de la guerre, le parti démocrate japonais a une chance réelle de l’emporter et ainsi d’en finir avec ce cycle conservateur infernal. « Ça devenait fou » m’assure t-il.
Impression de déjà vu, les gens autour de moi semblent dans une bulle. Certains discutent entre eux, beaucoup consultent leur téléphone mobile. J’étais comme ça aussi.
J’avais presque oublié. J’avais manqué d’oublier le confort des sièges, le harcèlement visuel des publicités: celles-ci ont opéré, au fil des années, un véritable trust de l’espace disponible, recouvrant ainsi tous les emplacements imaginables dans un wagon. J’avais failli d’oublier les avertissements sonores entre les stations; Hitoshi m’en touche un mot : « les Japonais ne peuvent pas s’en passer, nous sommes des enfants ».
Très vite, nous sommes à Shinjuku.









