Je t’ai déjà dit qu’à Tokyo, les prix des loyers étaient exorbitants. Tu sais que nous payons 1100 euros pour un appartement de moins de 30m². Bref, c’est dire si les loyers ici (et les cartes Suica remplies de Yens) sont l’objet d’étranges passions. Figure-toi que sur la gare de Shibuya, un grand poster a été affiché, sur internet, le buzz est plus grand qu’une vulgaire distribution de billets en plein Paris, et les conversations entre jeunes en sont forcément dotées : l’énigme qui valait 2 ans de loyer.
L’agence immobilière Home’s propose en effet depuis quelques jours une campagne étonnante: « résolvez une énigme et gagnez 2 ans de loyers gratuits dans un appartement luxueux de Minato-ku » (quartier plus que cher, s’il en est). Ça paraît alléchant, ouais. Toutefois, faut-il encore comprendre le sens de l’énigme en question, que je te propose humblement sur ce blog. Sache que si tu résous cette énigme et que tu m’envoies un gentil email avec la réponse en gras, je te serai non seulement éternellement reconnaissant mais en plus je te laisserai visiter l’appartement. Toi et ta maman. Et pour gratuit en plus.
Mon dieu, god, fuck, et toutes les onomatopées du monde n’y feront rien, je ne sais pas comment trouver le temps de bloguer. Et tu m’en veux. Heureusement, j’ai récupéré mon iPhone 4 hier et je vais enfin pouvoir poster quelques photos sur mon flux Twitter et dans le petit plugin que tu peux voir en haut de cette page. Mais bordel, sachant que certains lecteurs ici sont eux-même blogueurs ailleurs, et salariés, voire chef d’entreprise, COMMENT FAITES-VOUS ?
Bloguer n’a jamais été pour moi une activité dominicale. J’écris quand j’en ai besoin, quand j’en ai envie, et surtout quand j’ai quelque chose à dire. Alors quand tu rentres chez toi, que t’as envie de dormir et que tu trouves même pas la force d’allumer ton PC pour checker tes mails, y’a comme un soucis.
En fait, je suis surtout mort de lol. Je découvre le travail, et je dis à tout le monde que c’était plus dur que ce que je pensais. On dirait un américain qui découvre le hamburger. Tout le monde me regarde, ricane, d’un air de dire « tu t’attendais à quoi? ».
Non plus sérieusement, les horaires sont corrects: 9h-18h30/19h. Mais il faut compter également avec la vie tokyoïte. Et là aussi, c’est un peu la surprise. Le quotidien, c’est cher, oui, tout le monde est au courant. Néanmoins, tu ne peux pas le sentir vraiment avant d’avoir vécu le VRAI quotidien de la ville. S’installer, faire des courses, bouger, respirer un air plus frais, tout coute de l’argent. Et en ce moment, le Yen, c’est pas cadeau.
Le métro bondé, une banalité. Les images des célèbres pousseurs du métro de Tokyo ont fait le tour du monde (j’en ai moi-même jamais vu, m’enfin). Seulement, tant que tu n’as pas été macéré par la foule et que tous tes membres n’ont pas été compressés entre 6 japonais et une barre de fer, tu ne peux pas vraiment comprendre. La sobu-sen, un lundi matin, 8h30. Ca parlera à beaucoup de monde.
Bref, hier on a fêté mon anniversaire, la commémoration de l’explosion de la première bombe nucléaire au monde sur Hiroshima (hors-essais) et la vie japonaise a aussi ses bons côtés. Shinjuku, bières glacées, cigarettes, et tous ces types bourrés qui meurent sur les trottoirs. Je suis presque prêt à recommencer la semaine.
Les deux qui rigolent au fond parce que j’ai dis pète, vous sortez.
Navré de ne pas te donner de nouvelles plus souvent mais mes capacités de connexion sont limitées voire précieuses, du coup je me fais rare du côté du web social et autres sites à caractère superflu (Youporn, tout ça). Sache que nous avons trouvé un appartement mais que nous n’avons pas encore de réponse définitive de la part du propriétaire (si je te dis que c’est compliqué, tu me crois?), que c’est à Asakusabashi, que c’est neuf, fonctionnel, et extrêmement petit. Sache également que, comme tu l’as peut-être remarqué, ou justement PAS remarqué, je n’ai pas encore d’iPhone et que je ne peux donc pas alimenter mon petit plugin tout en haut. Avec regret, je l’avoue. Début août.
Et donc en attendant d’emménager la semaine prochaine, on s’occupe; comme on peut. Tiens, hier soir, on est allé dans une micro-matsuri, une petite fête de quartier avec plein d’enfants qui jouent ensemble et des parents qui boivent des bières en les regardant. On danse, on mange et même qu’à la fin, on fait un grand tirage au sort avec des lots exceptionnels à gagner. Un ticket pour Disneyland Tokyo en premier, des sacs de riz en deuxième, un pack de bière en troisième, et ainsi de suite va la régression des lots jusqu’à la dixième place du classement.
On est arrivés un peu sur le tard car mademoiselle avait décidé de porter le yukata, sorte de vêtement traditionnel japonais d’été, assez léger, mais qui fait quand même bien transpirer. Nos amis ne sachant pas comment nouer le obi (large ceinture), ils appelèrent aussitôt une voisine qui après une petite courbette d’usage fonça dans le salon pour constater l’ampleur de la tâche. Quelques instants plus tard, le noeud était fait; et il était plutôt bien fait, pour la peine.
Après la mise en place plus ou moins évidente des geta, surnommés depuis lors « Chausson de la Torture » par une étonnante majorité de non-japonais, nous nous rendions sur le champ à quelques maisons en amont de la colline, dans un petit square transformé pour l’occasion.
Autant tout de suite dire qu’elle a fait impression vu que nous étions les deux seuls étrangers du secteur. Ils y allaient tous de leur petit qualificatif; oui c’est mignon, t’as raison. Trainée de force, elle a même du apprendre à danser (avec les geta, si tu te souviens bien) le machin traditionnel japonais. On tape dans les mains, on creuse à droite, on creuse à gauche, un pas en avant, on plie les genoux, on tape dans les mains, etc. C’était bien, mais elle avait quand même un petit peu honte. Faut dire, 200×2 yeux de japonais braqués sur soi, ça peut faire bizarre.
Enfin tout ça pour dire qu’on est reparti avec un sac de riz durement acquis au tirage au sort, la satisfaction d’avoir exposé notre blanche peau dans une petite fête de quartier de province, une demi glace au café et une bière discount. L’été, c’est l’époque des matsuri et il y a tout à y gagner! A part pour la GF qui y a donc perdu un orteil.
C’est fou comme les choses ont changé. Il y a encore 7 ans, lorsque j’habitais au Japon en home stay, le Japon était un microcosme hallucinant, grouillant de technologies incroyables pour un jeune adolescent français. Mon téléphone portable de l’époque, un Sanyo premier prix (je te laisse imaginer le haut-de-gamme), avait un grand écran 67000 couleurs et des poussières, il avait deux caméras, une à l’avant, une à l’arrière, la visio-conférence en option. Pour te remettre en situation, dans la France de 2003, le Nokia 3310 était un must-have. On parlait encore en nuance de gris.
En 2010, je dois avouer que les choses ont changé. La faute à l’iPhone, beaucoup, et à un marché saturé, un peu, il n’existe plus tellement de différence notoire entre nos deux mondes. Toujours la faute aux smartphones, le choix de téléphones portables s’est considérablement réduit en l’espace de quelques années poussant certaines marques, comme Sony, à restreindre leurs gammes de manière drastique. Le business model des fabricants a probablement muté, petit à petit, pour passer d’une économie de volume à celle d’une différenciation prononcée.
Maintenant que nos amis japonais possèdent tous un portable (le taux d’équipement m’est inconnu, mais au pifomètre, ça doit sentir le 95%), et même parfois plusieurs à la fois, il y a fort à parier que les grandes marques ont désormais l’obligation de jouer d’ingéniosité pour attirer les foules. TV par ci, écran rotatif par là, les nouveautés ne manquent tout de même pas à l’appel. Pré-2008, le Japon s’était tranquillement installé sur un type de marché mature dont l’horizontalité de la courbe aurait à peine pu faire rouler une couille bille. La faute à un système qui encourageait les proches et les amis de l’abonné à souscrire chez un même fournisseur (gratuité des appels/mails/que-sais-je-encore)
Mais voilà, l’iPhone est arrivé, en exclusivité chez Softbank (l’un des trois opérateurs japonais), et les choses ont commencé à bouger. Depuis l’ère smartphone, le secteur du mobile s’est totalement globalisé jusqu’à englober (à moitié) un marché qui semblait jusqu’ici inatteignable. C’est un peu comme si les français commençaient à acheter du pain brésilien ou afghan si tu veux.
Tout ça pour te dire que je suis arrivé jeudi dernier chez Yodobashi Camera (un genre de Darty en mieux, avec des employés serviables), une CB, un passeport, et une carte de séjour en poche, pour souscrire à un abonnement chez Softbank avec le nouvel iPhone et que la réponse a au moins eu le mérite d’être claire:
(se confond en excuses et tout le blabla japonais)… si vous souhaitez acquérir le nouvel iPhone, vous pouvez le réserver dès maintenant; ce modèle est indisponible dans toutes nos boutiques au Japon… (se confond en excuses et tout le blabla japonais)
Et c’est pareil partout ailleurs! Du coup, j’ai juste gagné une réservation et le droit d’attendre 3 semaines (à la louche). Privé de Twitter, Tumblr, Reeder et Mail pendant quasi 1 mois; pas sûr que je tienne. Ça non.
Arrivés ! Après 24 heures de transports et d’attentes, nous sommes enfin arrivés. La fatigue est bien présente, le décalage horaire se fait ressentir dans le moindre geste ; la GF est bouleversée de sommeil. Je profite d’ailleurs d’une interlude de fraicheur entre deux siestes pour te raconter ce qui va se passer dans les (durs) premiers jours d’un salaud de blanc au Japon.
Avant tout, le sésame absolu, c’est la carte de séjour. Du moins, son équivalent : 外国人登録証明証, Gaikokujin Tôrokushô Meishô que l’on doit demander auprès des autorités locales de sa résidence de départ (ou de son boulot, c’est selon). Nous l’avons demandé ce matin ; comme d’habitude, l’administration japonaise tourne à plein régime. Comme dans une ruche, les fonctionnaires se croisent et se recroisent dans des bureaux incroyablement bien tenus. Et comme toujours, les japonais se montrent rigoureux dans toutes les affaires de paperasses, aussi insignifiantes soient-elles : ils nous ont fait vérifié nos noms et prénoms 3 ou 4 fois, la moindre information était photocopiée, tamponnée, approuvée, justifiée ; bref, pour le choc culturel, ce n’est pas la peine d’attendre la cérémonie du thé ou autre tradition exotique, tu auras juste à aller te faire faire un papier à la mairie, tu auras du changement. Du vrai.
Seulement attention : le tôrokushô délivré n’est que provisoire (une feuille hankoté, du verbe hankoter, dérivé du nom hanko, soit tampon en japonais) ; il faudra aller chercher la carte, en personne, 2 semaines après la demande. Ceci dit, le certificat provisoire est généralement suffisant pour la plupart des démarches de départ telles que l’ouverture d’un compte en banque ou d’un compte téléphonique ou bien encore auprès de certains propriétaires fonciers dans le cas d’une location d’appartement.
C’est donc logiquement demain que nous irons à Yokohama (pour l’instant, nous logeons chez des amis à Yokosuka) pour continuer le parcours du combattant gaijin. J’essaierai d’expliquer en détail comment se passent l’ouverture de comptes bancaire et téléphonique, les pièges à éviter et quelques conseils ou recommandations (quelle banque choisir, quel opérateur préférer).
Enfin, deux petites choses avant de reprendre ma sieste :
Je ne peux pour l’instant joindre aucune photo à mes billets car je n’ai pas encore déballé le réflex ; cela sera possible dans quelques jours
Grâce à mon ami J.R qui m’a personnalisé ce petit plugin magique que vous pouvez voir en haut d’Unko.fr, je pourrai poster des photos directement depuis mon iPhone ; par la magie des flux, cette photo sera backlinké directement sur mon compte twitter et je ne sais où encore ; mais bref, feature sympa qu’il me tarde d’essayer (dès que j’aurai un forfait quoi)
J’te dis ça, j’dis rien mais la GF comprend pas tout de l’univers de déraison qui plane autour de la culture nippone. J’te dis ça, j’dis rien aussi parce qu’on s’envole dans 2 jours et que j’ai presque toujours honte de raconter ma lubie; la dernière fois, c’était chez le coiffeur qui me demandait pourquoi j’avais vécu au Japon et pourquoi j’y retournais d’une manière bien singulière (genre « tiens, encore un cinglé »). BTW, qui a autorisé les coiffeurs à nous parler? Genre, c’est normal de parler de la vie avec ton client pendant que tu exerces. Et vas-y les digressions scandaleuses sur la santé de sa maman ou les escapades nocturnes de son compagnon. Shut the fuck up, comme dirait nos amis les gros. Honte donc.
Une honte comme pourrait avoir un jeune musulman de France qui serait stigmatisé par la masse bovine environnante. Eh bien, un peu comme lui, les hordes d’otakus, comprends ces passionnés de manga, d’anime, de cosplay ou que sais-je encore, qui déballent leurs attirails lors de conventions aussi spectaculaires que la Japan Expo me font honte! Non pas que j’ai quoi que ce soit à leur reprocher, je comprends et j’adhère à la fan attitude, la plus pathétique soit-elle (par ex. Claude François); je suis moi-même un fou de jeux vidéo, et dès qu’il y a un gros fusil à l’écran, je dilate gras des pupilles, et je transpire de la raie du fion. Mais bref. Je trouve dommageable que les fans d’anime ou de J-pop dégueulasse (non, ça par contre, je dis stop; comment ça la tolérance? ah, bon, d’accord) continuent de considérer le Japon comme une terre promise ou un paradis terrestre quelconque.
Bonjour, j’ai 17 ans, je suis en terminale, je suis passionné de manga depuis tout jeune et j’adore la culture nippone (NDLA: comprenez « j’aime aussi la J-pop et certains navets qui commencent par le mot -ninja- »). Mon rêve est de vivre au Japon et j’aimerai savoir ce que je devrai faire pour réaliser ce rêve. Je suis prêt à faire tous les métiers, même laver des chiottes indigents à la gare d’Akihabara (NDLA: avant rénovation, je les avais élus « chiottes publics les plus poisseux de tout Tokyo »). Aidez-moi! Arigatolol.
Les messages de ce genre, sur tous les forums dédiés au Japon, sont légion. Et dans la plupart des cas, les membres de ces même forums ne sont pas tendres dans leurs réponses. Et ils ont raison tant ça sent le MER IL ET FOU sauvage. Encore une fois, je dis pas que c’est mal. Juste que ça me fait chier car ça décrédibilise totalement mon personnage. Oui, c’est égoïste.
Les médias ont évidemment leur part de responsabilité. Comme souvent, le message est simpliste : le Japon, c’est des robots, qui mangent des sushis, en lisant des mangas. C’est à peu près tout. Et toute une ribambelle de ploucs de la génération 80/90 y croit dur comme fer. Et toute une génération rêve d’un pays qui n’existe que dans des bulles de bandes dessinées.
Alors bien sûr, le manga fait partie intégrante de la culture récente de ce pays pas si asiatique; certains sont d’ailleurs des merveilles d’imagination, de scénario, d’esthétique, parfois tout ça à la fois, mais comme Amélie Poulain n’est pas la France, City Hunter n’est pas le Japon. Combien ai-je connu de jeunes gens fous de leurs passions dessinées, arrivés en famille d’accueil au plus profond de la campagne japonaise, qui ont souffert d’un homesick dévastateur? A se tailler les veines. True story.
Car voici encore un amalgame relativement agaçant qui trotte dans la tête de pas mal de gens: le Japon, c’est Tokyo. Alors que s’il y a bien un lieu qui n’est pas japonais au Japon, c’est justement Tokyo (j’exagère certes un peu le trait, mais au moins c’est clair). Comprends-moi, il y a de la France dans Paris, mais Paris ne représente pas l’étendue des particularités régionales françaises. Marseillais de naissance, j’ai même parfois tendance à penser que je ne suis pas vraiment né en France mais plutôt dans un pays hybride méditerranéen où le savoir vivre se rapproche plutôt des us italiens ou algériens plutôt que du gimmick baguette-montmartre qu’on nous sert dans la plupart des films américains.
Du coup, prétendre aimer le Japon (au fond, y’a rien de plus con, je préfère te prévenir, ce sera jamais réciproque) parce qu’on fantasme un soit-disant caractère typique japonais, et tout le blabla modernité-tradition qu’on peut lire ici ou là, c’est confus.
En fait, le Japon ne s’aime pas vraiment; il se laisser apprécier, par spasmes nauséeux, au rythme des saisons.